Énergie : Vent debout !

S’il est bien un sujet qui déchaîne les passions dans nos villes, et plus encore dans nos campagnes, c’est bien celui de l’éolien ! La presse locale n’en finit plus de faire couler l’encre quant au rejet par une partie de la population de l’implantation des mâts. Marchin n’est pas épargné par le phénomène…

Publié le mercredi 13 janvier 2016

Il y a un peu plus de deux ans, la société Eneco lançait un avant-projet pour l’implantation de cinq éoliennes sur les communes de Ohey et de Huy [1]. En réalité, ce sont bon nombre de riverains de Marchin qui pourraient être les plus impactés par le projet. Du « plein la vue » pour les habitants de Pierpont, de Beaupré et surtout, pour les habitants du Bois de Goesnes.

Aussi, les réactions ne se sont pas fait attendre. On nous relaie des préoccupations sur d’éventuelles nuisances sonores, un impact non négligeable sur le paysage ou encore une possible dévaluation des biens immobiliers.

La position du collège

Officiellement, les communes concernées ne pourront se prononcer, sur ce projet, qu’à l’issue de l’étude d’incidence, en cours d’enquête publique. A notre connaissance, aucune date de présentation de l’étude n’est encore programmée. Jusqu’à présent, le collège s’est organisé pour jouer le rôle de « relais privilégié » entre le Eneco et les riverains, via des réunions d’information. A la demande des conseillers communaux Ecolo, nous avons pu assister à l’une d’entre elles.

A Ohey et à Marchin, les bourgmestres se gardent bien de prendre position. On déplore ces éoliennes qui nous tombent dessus, on se défend d’y être pour quoi que ce soit en ménageant la chèvre et le chou car derrière chaque riverain en colère, se cache un électeur potentiel…

La position de la locale Ecolo

Avant tout, nous déplorons tout ce que l’on ne vous dira pas assez, voire pas du tout. Si les projets d’implantation d’éoliennes se multiplient, c’est que l’Union européenne s’est fixé des objectifs d’ici 2020 : 20 % de réduction des émissions de gaz à effet de serre, 20% d’énergie consommée issue des énergies renouvelables et 20% d’augmentation de l’efficacité énergétique. Sur cette voie, la Wallonie s’est engagée à tendre vers une production effective de 800Gwh d’électricité renouvelable produite sur son sol à l’horizon 2020.

Une nécessité énergétique que l’on remet sans cesse à demain et dont l’enjeu principal est le réchauffement climatique (voir article Energie-Climat, p04). Faut-il pour autant s’attendre à voir des champs d’éoliennes « pousser » un peu partout ?

Sûrement pas ! Sur le territoire wallon, 3,5% des surfaces sont reprises en « zones favorables ». A terme, seuls 20 à 30% des zones figurant sur la carte [2], c’est-à-dire 1% du territoire, accueilleront de futurs projets !

En charge de l’épineux dossier éolien, Philippe Henry, ministre Ecolo de l’aménagement du territoire, lors du précédent gouvernement, avait défini un cadre légal qui devait garantir le développement des projets les plus porteurs, tout en assurant la qualité de vie des citoyens.

La règle devenait plus stricte pour les promoteurs : augmentation de la distance entre une éolienne et les habitations, priorisation de la pose des mâts le long des autoroutes et voies de chemins de fer, définition d’un nombre de zones où il est exclu d’installer des éoliennes, fixation de critères minimaux entre les sites éoliens… La réglementation prévoyait une possibilité d’ouvrir des parts d’investissements aux communes et aux riverains [3]. L’actuel gouvernement n’a pas voulu poursuivre dans cette voie !

Le vent est un bien public et son exploitation n’est pas l’affaire des seuls promoteurs ! Ainsi, des coopératives de citoyens voient le jour en Wallonie, afin de tirer profit des énergies renouvelables locales en gérant production et fourniture d’électricité. Une alternative sérieuse lorsque l’on sait que 90% de l’énergie primaire consommée en Wallonie vient de l’étranger [4] ! Selon nous, cette position devrait être étudiée davantage et rappelée au citoyen.

Il n’en reste pas moins que nous sommes à l’écoute des inquiétudes des riverains. Ferions-nous autrement, à leur place ? Le projet Eneco est-il le plus pertinent à l’échelle de la région ?

Nous défendons la transition énergétique mais nous sommes aussi convaincus qu’elle n’aura pas lieu sans les citoyens. Finalement, c’est peut-être là le plus grand défi à relever !

Loredana Tesoro




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[1] http://www.eoliennes-eneco.be/oheyhuy/

[2] Outil du nouveau Plan de développement de l’éolien du Ministre Henry, la cartographie d’implantation des éoliennes permet de définir les endroits où le placement des moulins serait le plus efficace et le moins gênant. Elle permet une meilleure visibilité à l’échelle régionale pour le citoyen et les administrations.

[3] Le développeur d’un parc éolien doit ouvrir celui-ci à hauteur de 24,99% pour les coopératives et 24,99% pour les communes.

[4] On nous laisse souvent croire à tort que l’engagement de la Belgique dans la production d’énergie nucléaire nous garantit l’indépendance énergétique… C’est faux, évidemment : il faut bien importer le combustible nucléaire indispensable pour faire tourner les centrales !