Énergie : Polémique sur le photovoltaïque

Publié le samedi 13 septembre 2014

Si il y a bien un sujet qui a défrayé la chronique lors de la campagne de ces dernières élections, c’est bien le « dossier photovoltaïque ». Retour historique et technique sur une polémique pour le moins complexe.

C’est en 2007 que le gouvernement wallon (à l’époque PS-cdH) a décidé d’appliquer le système des certificats verts qui offrait une rentabilité très intéressante pour l’investisseur : le système Solwatt. La Région wallonne a décidé qu’un certain pourcentage de l’électricité vendue aux clients finaux devait avoir été produit en Wallonie, à partir de sources d’énergie renouvelables.

Ce pourcentage était de 7% pour 2007 et devait augmenter de 1% chaque année. Des certificats étaient délivrés à un producteur d’énergie, comme preuve que l’électricité qu’il produisait était générée à partir d’une source renouvelable comme l’eau, le soleil, le vent, par exemple. Les fournisseurs d’électricité (Luminus, Essent, Eneco, Lampiris…), étaient donc tenus d’acheter des certificats verts aux producteurs d’électricité verte et de les remettre à la CWaPE [1], sous peine de se voir infliger une amende.

La formule a rencontré un très large succès. Mais ce mécanisme n’a pas assez tenu compte de la chute du prix des matériaux : concurrence des installateurs aidant, le coût moyen d’une installation a été divisé par 3 depuis 2009.

Le problème, c’est que le système des certificats verts était devenu si avantageux, que beaucoup de particuliers ont mis des installations plus puissantes que l’électricité dont ils avaient besoin. [2]

L’impact sur le marché des certificats verts a été considérable : une importante hausse du nombre de certificats émis. [3] Le soutien a alors été régulièrement revu à la baisse, mais trop lentement, ce qui a créé des effets d’aubaine et des rushes de commandes de nouvelles installations avant chaque échéance de réduction des aides. Ce stock de certificat vert est actuellement bloqué, car l’offre dépasse très largement la demande. Cette « bulle » représente les 2,5 milliards d’euros répartis sur 15 ans, évoqués par la presse.

L’ex ministre de l’énergie Jean-Marc Nollet, bien au fait des risques d’emballement a voulu le corriger « par petites touches » dés le début de sa législature en 2009. Mais il devait convaincre ses collègues du cdH (qui avaient mis en place ce système véritablement dopé) qu’il fallait le corriger. Cela a pris trop de temps, la presse parle « des tensions internes au gouvernement wallon qui font que le dossier a traîné ». [4] À la région de Bruxelles capitale, c’est la ministre Ecolo Evelyne Huytebroeck qui avait conçut le système dés le départ, il n’a pas dérapé… Le fait est qu’il fallait pourtant faire « dégonfler » cette bulle au plus vite…

Le 28 mars 2013, le gouvernement wallon annonçait « déjà » le nouveau système de soutien Qualiwatt. [5] Mais le message principal qui a été retenu fut la fin du système de certificats verts. Cette fin a d’ailleurs été utilisée par beaucoup d’installateurs de panneaux photovoltaïques comme argument de vente ! Pourtant un régime transitoire existait bel et bien !

Martial Dumont du journal L’Avenir écrit ceci : « Ecolo paie effectivement pour un plan qu’il n’a pas initié. Mais qu’il a mis du temps à juguler. Il aurait fallu le faire plus vite. Problème : au gouvernement, le cdH, à l’origine de Solwatt, n’a pas voulu se faire déculotter si facilement. Il a donc ferraillé ferme. Et le dossier a pris du retard alors que la bulle gonflait. » (07/06/13)

Malheureusement de nombreux installateurs de panneaux photovoltaïques s’étaient engouffrés dans la brèche créée par la hausse de la demande… et beaucoup n’ont effectivement pas survécu, au détriment des ménages qui leur avaient fait confiance… Ces familles, dont la colère est bien légitime, se retrouvent à devoir payer des panneaux solaires qu’ils ne verront sans doute jamais à cause de la faillite de ces sociétés. David Germani représentant de l’industrie des énergies renouvelables explique que « cette réforme était nécessaire pour assainir le marché. Le photovoltaïque ne sera plus un produit financier mais retrouvera son essence environnementale ».
(ActuPV, 17/10/13)

Jean-Philippe Robinet




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[1] La CWaPE (Commission Wallonne Pour l’Energie) doit assurer le bon fonctionnement du marché des certificats verts attribués aux installations produisant de l’électricité verte.

[2] Ce qui, combiné au fait que le surplus de leur production envoyée sur le réseau ne leur est pas rachetée, a pour effet pervers d’inciter ces ménages à consommer plus d’électricité !

[3] Début 2013, le photovoltaïque générait la moitié des certificats verts émis alors qu’il ne représentait que 10% de l’électricité verte produite.

[4] L’Avenir, 7 juin 2013

[5] Le système Qualiwatt vise à sortir du mécanisme de marché des certificats verts. Ce système se base sur le compteur qui "tourne à l’envers" et prévoit une aide complémentaire sous forme de cash pendant la durée nécessaire au remboursement de 4 l’investissement.