À propos de la Convention entre Electrabel et les communes proche de la centrale nucléaire de Tihange

La société Electrabel souhaite renouveler une convention avec les 17 communes voisines de la centrale nucléaire de Tihange [1]. Cette convention a pour objet la distribution à ces communes d’une enveloppe financière totalisant 851 500 €, dont 44 452 € pour Marchin. Elle stipule que l’argent reçu devra être utilisé pour des projets d’intérêt communal. [2]

Publié le mardi 10 juin 2014

Pour la société Electrabel, les buts clairement annoncés sont de pérenniser l’intégration du site nucléaire de Tihange dans son environnement socio-économique et de promouvoir son nom, son image et ses services. [3] Préambule de la Convention. Car bien sûr, en acceptant ce cadeau, les communes s’engagent à faire mention de la société dans l’ensemble des supports de communication du projet ainsi qu’à mettre en place une « conférence des Bourgmestres » des Communes concernées. Cette dernière se réunira annuellement et permettra, entre autre, à Electrabel de communiquer sur son bilan annuel et son actualité. [4]

Nous pensons que ce n’est pas à la commune de promouvoir l’image d’une société privée. Une collectivité ne devrait pas s’occuper de la publicité d’une entreprise, sauf si un réel choix politique est pris de promouvoir les valeurs de celle-ci.

Bien sûr nous n’avons absolument aucun doute sur l’intégrité et la bonne foi des représentants politiques des communes qui s’apprêtent à accepter ce cadeau. Mais vous conviendrez que ces procédés ne sont pas sans rappeler les pratiques de ces multinationales qui s’implantent dans les pays en voie de développement et qui, à coup de subsides, achètent l’assentiment des élus locaux ???...

Ce cadeau est bien embarrassant puisqu’il pourrait installer un doute sur la capacité future des communes signataires à critiquer une entreprise alors qu’une partie de leurs finances dépend directement de la générosité de cette entreprise.

D’ailleurs, par le passé, le groupe Electrabel-GDF-Suez n’a pas hésité à utiliser son activité de « mécénat » comme objet de chantage. [5]

Mais ce cadeau n’est-il pas une juste rétribution des « désagréments » subis par les communes situées à proximité de la centrale nucléaire ? [6] Non ! Car dans un État solidaire, cette rétribution porte un nom : l’impôt. Et celui-ci, loin de s’apparenter à du mécénat, n’est pas conditionné à la valorisation de la société en question. Lorsqu’il s’agit d’une compensation pour désagréments, il n’y a aucune contrepartie à exiger.

Notons par ailleurs qu’Electrabel compte porter cette dépense en charge déductible de ses impôts [7], ce qui revient purement et simplement à faire payer une partie de la facture…au contribuable !

Rappelons enfin qu’Electrabel fait parti du groupe multinational GDF-Suez maintes fois épinglé par le GRESEA (Groupe de recherche pour une stratégie économique alternative) [8] et dont certaines activités, notamment sa participation comme acteur majeur dans la privatisation de l’eau dans de nombreux pays, sont largement controversées [9].

Voilà pourquoi nous n’avons pas voté le renouvellement de cette convention.

[1] Les communes d’Amay, Andenne, Braives, Burdinne, Clavier, Engis, Faimes, Héron, Marchin, Modave, Nandrin, Ohey, St-Georges, Tinlot, Verlaine, Villers-Le-Bouillet, Wanze.

[2] La convention cite « Des projets d’embellissement du patrimoine, des projets éducatifs, des projets d’amélioration de l’environnement, infrastructure sportive, projets culturels et projets sociaux. » : bref n’importe quel projet porté ou soutenu par une commune ! (Article 1 de la Convention entre Electrabel et les communes situées en tout ou parti dans le rayon de 10 km autour de la centrale nucléaire de Tihange)

[3] Préambule de la Convention.

[4] Articles 5 et 6 de la Convention.

[5] Notamment contre la hausse des taxes que le gouvernement d’Elio Di Rupo projetait d’appliquer à Electrabel en 2011 (L’usine nouvelle - 19/10/11).

[6] Le risque à assumer, les plans de secours à prévoir, l’impact paysager…

[7] Article 2 de la Convention

[8] http://www.gresea.be/spip.php?mot515

[9] Batailles pour l’eau publique in Le Monde diplomatique - Nov 2008 ; Privatisation de l’eau : Suez sur le banc des accusés in Bastamag – 10/03/14.